Jacques HENRIC

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En septembre 2016, paraîtra aux Éditions du Seuil, dans la collection Fiction&Cie, un livre de Jacques Henric, "Boxe", qui sera suivi en novembre par un Art press 2  consacré à la boxe. Ci-dessous, présentation du livre.

 

Boxe.

Boxe, le livre de Jacques Henric est né de la rencontre de l’écrivain avec le boxeur français d’origine guadeloupéenne, Jean-Marc Mormeck. Plusieurs fois champion du monde dans la catégorie lourds-légers, Jean-Marc Mormeck souhaitait remettre en jeu son titre dans la ville de Kinshasa, là où se déroula en 1974 le « match du siècle », Ali-Foreman. Jacques Henric devait l’accompagner en vue d’écrire le récit de ce combat, mais le projet échoua. Henric se lança alors dans l’écriture d’un livre sur la vie et les combats des grands pugilistes de l’histoire de la boxe, Georges Carpentier, Al Brown, Cerdan,  Ray Sugar Robinson, Mohamed Ali, Sony Liston, Jake la Motta, Carlos Monzon, Myke Tyson, beaucoup d’autres, et bien sûr, Jean-Marc Mormeck.

Sa passion pour ce sport, qui est plus qu’un sport, conduisit Jacques Henric à revenir sur les événements marquants de son enfance et de son adolescence. Mais Boxe est aussi un livre qui, à travers les biographies de figures glorieuses et déchues, touche à de grands thèmes : le destin, le mal, la violence, le racisme, le sexe, la prostitution, les religions, les guerres, les génocides…, tandis que tout au long du livre, se développe une réflexion sur les pouvoirs d’un autre « noble art », celui de la littérature.

 

Le début du livre

Photo datée du 6 juin 2013, 17 h 40. Cour de la Fabrique. L’homme est pris de dos. Il se dirige vers la porte cochère ouvrant sur la rue de Reuilly. Une masse impressionnante. Sous la chemise de lin blanche, on devine un corps d’une puissance inhabituelle. La finesse de la taille fait ressortir la largeur des épaules. Les muscles dorsaux, trapèzes et deltoïdes, saillent sous le tissu. L’homme a le crâne rasé, peu de cou, deux sillons profonds dans la partie inférieure de la nuque en accentuent le volume.

L’homme : âge, 41 ans ; hauteur : 1,82 mètre ; poids : près de 100 kilos. Boxeur français originaire de Guadeloupe, deux fois champion du monde. Nom : Jean-Marc Mormeck, surnommé par les Américains The Marksman, le Tireur d’élite. Première rencontre avec lui. Il a le projet d’un match à Kinshasa qui clôturerait sa carrière de boxeur. Il est question que je l’accompagne pour écrire un texte sur ce futur combat où il remettrait en jeu son titre de champion du monde. On vient de parler des conditions du voyage et de mon accueil à Kinshasa. Kinshasa, la ville mythique où se déroula le Match du siècle, Mohamed Ali/George Foreman.

Je me vois déjà en Norman Mailer, au bord du ring, carnet de notes à la main.

19 juillet 1949. Une photo de vacances. Plage de Concarneau. Deux personnages en slip de bain, côte à côte. Un adulte d’une vingtaine d’années, corps d’athlète (belle plaque musculaire de l’abdomen, faisceaux de muscles réguliers cachant l’ossature du thorax, cuisses puissantes, attributs virils emplissant généreusement le slip-bikini), un môme maigrichon (jambes fluettes, épaules étroites, côtes saillantes). L’homme a posé son bras sur l’épaule du gamin, qui ne semble pas particulièrement heureux d’être là, pieds nus sur le sable, affublé d’un slip mouillé qui lui pendouille entre les jambes. Fait-il la tête, parce que, désireux d’aller pêcher la crevette avec le filet qu’on vient de lui acheter, on l’oblige à poser pour une photo ? Ce gringalet vis-à-vis duquel le costaud a ce geste protecteur, c’est moi, à 11 ans.

Plus que son imposante carrure, ce qui m’a frappé chez Jean-Marc Mormeck, c’est son visage juvénile, la finesse des traits ; pas une trace de coups, pas une cicatrice, une belle rangée de dents blanches et un nez qu’aucun poing n’aurait même effleuré. Pas une tête de boxeur, selon l’idée que je m’en faisais, n’ayant en mémoire que des images d’anciens champions vues dans les journaux de l’après-guerre ou dans des livres illustrés sur l’histoire de la boxe. Que de trognes cabossées, de nez écrasés, d’arcades sourcilières fendues et mal raccommodées, d’oreilles tuméfiées ! Que de dégâts sur les visages au terme de combats ayant tourné au carnage !

Celui du champion du monde des poids lourds, Jack Johnson, le bad nigger, qui lors de son combat contre James J. Jeffries le 4 juillet 1910 à Reno, dans le Nevada, termine le match avec un crâne remodelé comme une glaise malaxée par les doigts d’un Rodin,
celui, en sang, de Marcel Cerdan quand il perd son titre de champion du monde des poids moyens à Detroit devant Jake LaMotta,
celui de Ray Famechon, qu’on voit sur le ring du Vel’ d’Hiv’ après son match perdu contre l’Espagnol Fred Galiana, à demi aveuglé, un œil exorbité, l’autre enseveli dans des replis de chair violacés, les lèvres écrasées, collées par un sang noir séché,
celui de Joe Frazier, si durement malmené par Mohamed Ali le 8 mars 1971, qui, bien qu’incompréhensiblement déclaré vainqueur, est conduit en urgence à l’hôpital, victime de troubles du langage faisant craindre une hémorragie cérébrale,
celui du Canadien Dale Brown, devenu un tel informe magma sous les coups d’un Mormeck au mieux de sa forme que l’arbitre est contraint d’arrêter le massacre à la huitième reprise...

Je suis un corps/une masse/un poids/une étendue/un volume.

Quelle masse, quel poids, quelle étendue, quel volume, le demi-portion qu’on voit sur la photo de vacances en Bretagne, grelottant de froid au sortir du bain ? Et l’éphèbe musclé à ses côtés, quel volume, quelle étendue, quel poids ?

La taille, le poids, l’obsession des boxeurs. Un calvaire pour certains. Le poids, surtout. Quelques grammes de plus ou de moins et on passe d’une catégorie à l’autre. Dilemme : perdre des kilos pour rester dans sa catégorie ou pour passer à une inférieure, c’est prendre le risque de perdre une grande partie de sa puissance. Jake LaMotta a connu cette épreuve. Après avoir livré un combat chez les moyens, pour boxer chez les lourds-légers il a dû descendre son poids de 97 kilos à 87,500. Alors tout est bon : footing, saut à la corde, punching-ball, combats avec les sparring-partners, jeûnes, purges, bains de vapeur, étuves d’où le boxeur sort titubant, hébété. Si un lourdaud plein de graisse peut maigrir tranquillement de deux kilos en une nuit, en revanche, pour un boxeur, constitué uniquement de muscles et d’os, l’amaigrissement n’est pas une sinécure. L’inverse, c’est du gâteau. Pour passer d’une catégorie inférieure à une supérieure, une méthode simple et radicale : s’empiffrer de viandes grasses, de frites, et descendre quantité de bière, champagne et whisky. Encore faut-il maîtriser le mécanisme, car en quelques jours on a vite fait de gagner une dizaine de kilos. Le même LaMotta, sans s’imposer ce gavage, en se laissant simplement aller à son naturel, a vu son poids augmenter en quelques semaines de plus de dix kilos. Il a fait le calcul : il a gagné et perdu au cours de sa carrière un total de deux mille kilos. Deux tonnes ! Autre difficulté posée par le poids : allez vous déplacer sur un ring, face à un adversaire plus petit, plus léger, quand vous pesez 122 kilos et mesurez 1,97 mètre ! Ce fut le cas de cet ancien maçon, ex-lutteur de foire, l’Italien Primo Carnera. Comment ce gentil géant, un peu simplet, n’aurait-il pas été effondré en constatant, le 10 février 1933, qu’il venait de tuer sur le ring le boxeur Ernie Schaaf, victime d’un coma profond après le K.-O. ? Ce qui n’empêchera pas Carnera, si grand et si lourd qu’il fût, d’être à son tour victime d’une vraie boucherie quand il se retrouvera le 14 juin 1934 face à l’Américain Max Baer, qui l’enverra onze fois au tapis, un tapis généreusement imprégné de son sang.

Remontons dans le temps. Il n’y a pas qu’une brave brute de phénomène de foire, qui s’était fait les muscles en charriant des pierres et en pelletant du ciment, pour avoir eu dans sa vie et sur un ring quelques problèmes avec sa taille et son poids. On peut être un délicat aristo, un grand poète, et avoir souffert du même handicap (handicap, dans le cas en question, doublé d’une autre infirmité plus invalidante encore quand il s’agit de se battre sur un ring : avoir un pied bot). Un lord les eut, tous ces handicaps, il s’appelait George Gordon Byron, dit Lord Byron. Poète boiteux, et passionné de boxe. Il la pratiqua souvent, d’abord en s’entraînant avec un inhabituel sparring-partner, son valet, et sur un drôle de ring, la paille d’une écurie. À 17 ans, l’auteur d’un Don Juan est un bibendum de 96 kilos pour une taille de 1,74 mètre. À 20 ans, son obésité étant pour ce dandy un sujet d’humiliation, il dégringole à 64 kilos. Il consigne dans ses carnets les variations de son poids et les moyens employés pour faire fondre sa graisse : bains brûlants, jeûnes, laxatifs, tabac, opium, laudanum, rhum, champagne, bourgogne... (Seuil, p. 9-13)

*

 

Si vous avez été séduit par la boxe masculine et féminine aux Jeux Olympiques de Rio, la générosité, la technique et l’intelligence des compétiteurs (6 médailles pour la France dont deux en or, magnifiques, pour le couple Estelle Mossely et Tony Yoka), vous lirez sans doute avec beaucoup d’intérêt et le livre de Henric et le numéro spécial d’art press qui tombent à pic. — A.G.

 

 

Corps à corps singulier, la boxe n’est évidemment pas seulement une rencontre de deux hommes, elle dépasse l’espace du ring. C’est sans doute ce qui fascine et provoque, comme l’écrit Joyce Carol Oates, « une volonté obstinée

de comprendre » ce qu’est le noble art. Mais c’est aussi une volonté de nous comprendre, tant la fascination qu’exerce la boxe peut paraître troublante. « Je

dois ainsi à mon intérêt pour la boxe
d’en savoir un peu plus sur moi », raconte Jacques Henric.
Boxe, son dernier livre, prend prétexte de deux événements –
le souvenir d’un coup de poing donné par un camarade de classe et la rencontre, bien plus tard, avec le double champion du monde Jean-Marc Mormeck – pour écrire une histoire de corps souffrants
et jouissants. Une histoire, personnelle, de la boxe où s’entremêlent, en vingt chapitres comme autant de rounds, coups donnés et coups reçus, écriture, sexe, mort et mysticisme, humiliations, K.-O. lumineux et défaites annoncées. Vingt chapitres dans lesquels Jacques Henric convoque boxeurs fantômes, boxeurs gazés, boxeurs déchus, boxeurs noirs
et blancs, boxeurs dandys écrivains
ou boxeurs gueules cassées, qui, tous, furent tout à la fois gagnants et perdants et ont cherché à écrire l’histoire avec leurs poings. Bref, on comprendra qu’il
y a dans ce livre une manière d’interroger ce que peut être la littérature et ce qui peut la rapprocher de la boxe. Un combat à l’œuvre, donc.

AM

 

JACQUES HENRIC

Jacques Henric

Boxe

Seuil, « Fiction & Cie », 224 p., 18 euros

I Il me semble qu’il y a un lien étroit entre la Balance des blancs, ton précédent livre, et celui-ci. Ne s’agit-il pas de deux ouvrages interrogeant un rapport au corps ? Le premier a pour point de départ une opération chirurgicale, et une des origines de Boxe est ce coup de poing qu’enfant tu as reçu d’un élève de ta classe... Comme tu sais, ce n’est pas nou- veau, tous mes livres accordent une place importante au corps, corps érotique ou corps souffrant, les deux ne faisant sou- vent qu’un. Il est vrai que cette anecdote du coup de poing qu’a reçu le gamin que j’étais,

à la sortie de l’école, est un des éléments mo- teurs du livre. Une histoire bien banale, n’est-ce pas, mais qui, je m’en suis rendu compte dès l’écriture des premières pages, a eu sur moi un effet traumatique qui n’est pas étranger à la tournure qu’a prise le livre. Cette scène revient de façon récurrente du début à la fin de Boxe. Mais elle n’est pas à son origine, bien que celle-ci ait aussi à voir avec un corps, avec la présence, avec la vi- sion d’un corps. Un corps de boxeur. Les pre- mières lignes du livre décrivent cette imposante masse corporelle d’un homme qui s’éloignait dans la cour de la Fabrique, ce lieu où nous habitons Catherine Millet et moi. L’homme venait de nous quitter, je l’ai pho- tographié de dos, tant m’impressionnaient sa carrure et la musculature qu’on devinait sous l’étoffe de la chemise.

CORPS GUERRIERS OU ÉROTIQUES ?

Il s’agissait, tu l’annonces d’entrée, du champion du monde Jean-Marc Mor- meck. Dans quelles circonstances l’as- tu connu ? C’était il y a trois ans. Jean-Marc Mormeck souhaitait alors conclure sa carrière de boxeur en remettant en jeu son titre de champion du monde et il souhaitait que son combat eût lieu, rêve de beaucoup de boxeurs, à Kinshasa, là où s’était déroulé le match mythique du 20e siècle, Mohamed Ali- George Foreman. Des amis me l’avaient fait rencontrer avec l’idée qu’il serait judicieux qu’un écrivain assiste à ce championnat du monde pour en rendre compte. Pas vrai- ment pour jouer un nouveau Norman Mailer, mais pour, plus modestement, écrire un ar- ticle dans un quotidien ou un hebdoma- daire. Le projet n’a pu aboutir, trop coûteux,

rings

interview par Alexandre Mare


Jacques Henric (Ph. A. di Crollalanza) 

 

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 Parution dans la collection "Les grands entretiens d'Art press" du volume Calaferte.

 

Deux lettres extraites de la correspondance de Louis Calaferte à Jacques Henric.

 

Lyon, le 14 juin 1985

 

 Cher Jacques Henric,

 

Voici les quelques pages dans lesquelles je me suis efforcé de rassembler autant qu’il se pouvait une réponse à plusieurs de vos questions, car en l’écrivant je me suis aperçu qu’il faudrait à un tel sujet un développement incompatible avec une publication dans un journal.

J’espère que ce survol vous conviendra.

D’autre part, je tiens absolument à vous faire savoir v combien je suis, en profondeur, intéressé par la lecture, presque achevée, de votre Carrousels. Maints éléments me sont tout à fait proches, et voilà un type d’expression littéraire que je considère comme appartenant seul à ce qui vaut réellement d’être écrit. Car au diable cette manie des éditeurs de tout couvrir sous l’étiquette de « roman », le livre est une plongée dans le sens même de ce qui conditionne l’existence  — au sens vital — d’un homme ; il est à la fois inquiétant, troublant et révélateur, et il est aussi douloureux , ce qui en fait une  œuvre. Je suis abasourdi   — je le disais hier au téléphone à Patrick Amine qu’un tel travail n’est pas suscité des échos permettant sa large diffusion, car si je ne vous avais pas connu occasionnellement, c’était un livre qui m’échappait . C’est tout de même une honte que le talent, et sa connaissance, sa charge culturelle, tout ce qui fait qu’un livre est riche —  soit d’une certaine manière haï par cette brochette d’impuissants médiocres qui font à leur fantaisie les réputations, à notre époque où, soi-disant, rien ,,,, Il y a là une vraie volonté de nuire. En tout cas, sachez que cette lecture, comme celle de la Peinture et le mal, a été pour moi quelque chose de précieux. Un véritable écrivain, on les cherche à la lorgnette de nos jours !… Je suis heureux pour vous. Le talent me fait toujours plaisir, me réconforte.

En toute amitié.

                                                                                                L. C.

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                                                                            Le 20 janvier 1986

 

Cher Jacques Henric,

 

(…)

 Je suis en priorité sensible dans une œuvre à ces coups de vent qui les traversent, à ce feu inexplicable qui l’alimente parce que son auteur a besoin de s’exprimer, c’est-à-dire d’exprimer ce qui est en lui dans les zones où la circulation se fait plus ou moins bien en ce qui concerne son moi profond. De ce point de vue,  tout livre qui n’est pas une espèce de confession, et, disons, une espèce d’aveu de faiblesse, n’existe pas dans la durée. Ceux qui n’éprouvent pas cette nécessité intense de se dévoiler par l’écriture se bornent tout simplement à élaborer des histoires qui, si bien édifiées fussent-elles, ne surpassent jamais l’horizon anecdotique. Tout livre qui n’est pas une façon d’appel à être aimé, ou compris si peu que ce soit, s’effiloche de lui-même, à supposer même qu’il soit d’abord séduisant. C’est là toute la différence des genres littéraires. Un livre authentique n’est pas fait pour séduire, mais pour  mettre mal à l’aise. Ce que vus écrivez est une inquiétude  à la recherche de son impossible équilibre, et, peut-être, d’j un vague désir de bonheur, d’une nostalgie de ce qui pourrait être — si tout était autrement. On a alors affaire à ce bouillonnement à l’intérieur de l’homme qui est chaque jour une sorte de risque pénible à lui-même ; rien n’est acquis par avance, chaque jour qui se présente n’est pas l’effet d’une continuité paisible, mais une tentative de réponse d’un début qui se renouvelle interminablement avec toutes les angoisses, les doutes, les accalmies aussi, et les recherches insatisfaites ou, par miracle, réussies. (…). Sexe, Mort, Conscience  de l’Impossible (celui de quelqu’un tel que Bataille), voilà quels sont les pôles de tels livres qui en font leur envoûtement pour ceux qui, comme moi, aiment dans le fait littéraire la crispation de la très pénible difficulté d’être. Votre livre, ainsi que je l’ai reçu, est parcouru par ce qui me semble tragique au plus haut point : la traque de l’Insaisissable. Nous sommes, je crois, aujourd’hui, quelques-uns encore à sillonner cette voie littéraire qui accorde au livre sa vraie consistance, sa vraie valeur indépendante de toutes les autres formes. J’ai le sentiment, pour ma part, et je suis sûr de ne pas me tromper, que c’est là la noblesse de l’art littéraire qui, autrement, n’aurait même plus de fonction. Oui, il me semble à vous lire, que nous sommes une poignée de ces combattants que le public rencontre difficilement dans la mesure où il est orienté vers le seul divertissement, auquel d’ailleurs il ne prend qu’un plaisir réduit, car c’est aussi autre chose qu’il attend, mais la communication est la toute-puissance de notre époque. Au fond, on s’en fout, l’essentiel est d’être soi-même et d’accomplir des travaux qui répondent à une durée et à une profondeur — celle de l’Amour, sous toutes ses formes et, en particulier, sous celle de l’Exaspération — la chaîne subtile qui compte Villon paremi ses maillons et passe par un Miller aussi bien que par un Musil.

J’aimerais bien qu’un soir nous puissions parler de tout cela, qui compte pour moi, en tête-à-tête, en gens non pas du métier, mais de déchirure interne. Je souhaite que cette conversation ait lieu,

                                                                               Mon amitié.                                                                                                  Calaferte

 

 

Jacques Henric. ©
Jacques Henric. ©

 

JACQUES HENRIC

 

FAIRE LA VIE

 

Entretien avec Pascal Boulanger

 

ÉDITIONS DE CORLEVOUR

 

 

 

Depuis sa collaboration, au début des années soixante, à l’hebdomadaire culturel Les Lettres françaises que dirigeait Aragon, et la parution, en 1969, de son premier roman, Archées, dans la collection Tel Quel, Jacques Henric, né en 1938, occupe une place singulière dans le monde littéraire contemporain. Il s’est toujours situé librement dans le champ de la pensée. En témoignent ses livres – romans et essais – et ses textes et chroniques confiés à Tel Quel, L’Infini, La Règle du jeu… En témoignent aussi ses interventions mensuelles et souvent caustiques dans Art press. Un esprit frondeur, un goût pour la polémique, lui ont toujours évité d’être pris dans le piège des réseaux et des communautés. Ses études critiques, ses textes écrits pour le théâtre, ses derniers récits sous l’éclairage autobiographique entrecroisant ceux de Catherine Millet font de lui un des rares écrivains dont l’écriture joue sur plusieurs registres.

 

 

Que peut l’écriture quand le temps se divise, se multiplie, se resserre ? Quelle vérité le roman peut-il arracher à la remontée des enfers ? Quels sont les liens entre la peinture occidentale et le catholicisme ? Quelle pensée doit s’imposer face au tissu déchiré de nos vies hasardeuses ? Justement Jacques Henric.

 

Jacques HENRIC : Romancier, essayiste, critique, il a récemment publié Comme si notre amour était une ordure (Stock, 2004), Quand le sexe fait signe à la pensée (Cécile Defaut, 2004), Politique (Le Seuil, coll. « Fiction & Cie », 2007), Erotica, avec Antonio Saura (5 Continents éditions, 2008) et La Balance des blancs (Le Seuil, coll. « Fiction & Cie », 2011).

 

 

Pascal BOULANGER : Écrivain, poète et critique, il a publié des essais : Une action poétique de 1950 à aujourd’hui (Flammarion, 1998), Le Corps certain (Comp’Act, 2001), Fusées et paperoles (Comp’Act, 2008) et des recueils

 

poétiques : Tacite (Flammarion, 2001), Jongleur (Comp’Act, 2005), Jamais ne dors (Corridor bleu, 2008) et Le lierre la foudre (Editions de Corlevour, 2011) et Au commencement des douleurs (Corlevour, 2013).

 

 

 

 

 

Prix : 16 €

 

Sodis : 7662410